L’étape de montagne de ce dixième jour du Tour de France comportait plusieurs ascensions difficiles qui ont entraîné beaucoup de souffrances dans le peloton, notamment parmi de nombreux favoris qui se sont retrouvés distancés dans la dernière ascension de la journée, le redoutable col de la Madeleine. Le maillot jaune a changé d’épaules, Cadel Evans, dans un très mauvais jour, perdant énormément de temps (et peut-être même toute chance de terminer sur le podium) ; le classement général s’en trouvait bouleversé avec une redistribution complète des cartes à l’issue de la journée. On a appris par la suite que la contre-performance d’Evans était tout à fait explicable : il roule avec une fracture du coude depuis sa chute de dimanche. Andy Schleck et Alberto Contador ont montré qu’ils étaient les deux hommes à battre cette année dans le Tour et tous les autres coureurs doivent maintenant se demander comment réduire les écarts derrière ces deux-là pour avoir une chance de monter sur la troisième marche du podium à Paris.
Au programme de la journée, cinq ascensions donnant lieu à des points pour le classement du meilleur grimpeur, dont trois particulièrement exigeantes : le Col de la Colombière (16,5 km, classé en 1ère catégorie, avec un pourcentage moyen de 6,7 %), le Col des Saisies (14,4 km, classé en 1ère catégorie avec 5,1 % de pourcentage moyen) et, enfin, l’épouvantail, le Col de la Madeleine (HC – hors catégorie – avec un pourcentage moyen de 5,1 %), ascension redoutable de 25,5 km à 6,2 % qui était l’obstacle décisif de cette étape. Le peloton explosait complètement après seulement quelques kilomètres d’ascension à cause du tempo extrêmement élevé imposé par les hommes de tête. Levi Leipheimer (Team RadioShack) a semblé particulièrement à son aise en marquant les leaders pendant la plus grande partie de l’étape. Il termine 10e et gagne deux places au classement général (6e). Lance Armstrong a bien récupéré des efforts de la veille et s’est parfaitement comporté, marquant également les leaders pendant la plus grande partie de la journée. Il était le deuxième coureur de RadioShack sur la ligne (19e de l’étape), montrant ainsi qu’il disposait encore, à presque 39 ans, d’une bonne réserve de puissance.
Beaucoup de sérieux prétendants ont été beaucoup moins heureux à l’issue de ce premier col hors catégorie du Tour 2010. Cadel Evans a été le grand perdant. Il subissait une défaillance au milieu du Col de la Madeleine et terminait l’étape, en larmes, à plus de 9 minutes des leaders, en se demandant ce qui venait à nouveau de lui arriver pour ruiner ainsi ses rêves de remporter le Tour. Il n’était pas la seule victime : beaucoup d’autres concurrents voyaient également leurs rêves se briser. C’est notamment le cas de Carlos Sastre, Bradley Wiggins et Michael Rogers. Ceux-là avaient débuté l’étape en bonne place au classement général, mais se sont retrouvés lâchés lorsque les grimpeurs ont mis le feu aux poudres, éparpillant le peloton. Pour beaucoup, les derniers kilomètres ont dû ressembler à un long chemin de croix. Cette étape s’est terminée si tard que la plupart des grandes chaînes de sport européennes ont arrêté la retransmission bien avant l’arrivée des derniers coureurs.
Une fois n’est pas coutume, une échappée a pu prendre du champ et nous a donné un vainqueur français. Malgré tout, certains favoris ont été en mesure de revenir sur les hommes de tête en manquant de peu de leur gâcher la fête. Une échappée relativement importante composée de 13 à 14 coureurs a été autorisée à prendre une sérieuse avance sur le peloton, jusqu’à 7 minutes, ce qui, en fin d’étape, semblait insurmontable. Pourtant, après les dégâts provoqués par l’épouvantail que constituait le Col de la Madeleine, seuls cinq des échappés de la première heure restaient en tête : Sandy Casar (Française des Jeux), Luis-Leon Sanchez (Caisse d’Epargne), Damiano Cunego (Lampre), Christophe Moreau (Caisse d’Epargne) et Anthony Charteau (Bbox) qui ont joué avec le feu, ce qui aurait bien pu coûter la victoire aux trois coureurs français. En effet, en arrivant sur le plat après une descente menée tambour battant, ils ralentissaient et se mettaient à jouer au jeu du chat et de la souris. Andy Schleck, Alberto Contador et Samuel Sanchez arrivaient à fond de train et, à la différence des fuyards, s’entendaient à merveille. Ils finissaient par rattraper et même par dépasser certains des échappés, qui semblaient complètement surpris de les trouver là (leurs oreillettes étaient-elles toutes tombées en panne en même temps ?). Peut-être l’effort des trois hommes qui avaient mené la chasse les avait-il usés, ou les échappés trouvaient-ils un second souffle après avoir tant tergiversé, toujours est-il qu’ils pouvaient malgré tout se disputer la victoire.
1. Sandy Casar
2. Luis-Leon Sanchez
3. Damiano Cunego
4. Christophe Moreau
5. Anthony Charteau
6. Alberto Contador
7. Andy Schleck
8. Samuel Sanchez
9. Joaquin Rodriguez
10. Levi Leipheimer
La principale information concerne les bouleversements apportés au classement général. À quelques exceptions près, celui-ci commence à prendre forme : les coureurs qui figurent aujourd’hui en tête seront sans aucun doute ceux qui se disputeront la victoire finale :
1. Andy Schleck
2. Alberto Contador +00:41
3. Samuel Sanchez +02:45
4. Denis Menchov +02:58
5. Jurgen Van Den Broeck +03:51
6. Levi Leipheimer +03:59
7. Robert Gesink +04:22
8. Luis-Leon Sanchez +04:41
9. Joaquin Rodriguez +05:08
10. Ivan Basso +05:09
Malgré toutes les chutes et la malchance dont il a été victime jusqu’à présent, le Team RadioShack compte toujours ses neuf coureurs en course ; c’est l’une des dix équipes sur les vingt-deux engagées capable d’en dire autant. Pour l’heure, le classement des coureurs du Team RadioShack est le suivant :
6e Levi Leipheimer +03:59
20e Andreas Klöden +09:05
25e Chris Horner +11:06
31e Lance Armstrong +15:54
35e Janez Brajkovic +21:43
69e Yaroslav Popovych +53:14
77e Sergio Paulinho +56:10
135e Gregory Rast 1h 27:04
177e Dmitriy Muravyev 1h 53:32
L’étape de demain (Chambéry-Gap), dernière étape alpestre, permettra un petit répit après les cols difficiles des deux dernières étapes. Elle présentera néanmoins bon nombre de difficultés : une côte de 1ère catégorie, une de 3e et une de 2e catégorie. Le final sera sous forme de descente vers Gap. Nombreux seront ceux qui n’oublieront jamais la dangereuse descente de 2003, où Lance Armstrong, calé dans la roue de Joseba Beloki, avait dû, tel un concurrent de cyclo-cross, traverser un champ pour éviter Beloki, tombé juste devant lui à cause d’une perte d’adhérence sur l’asphalte surchauffé et fondu. La météo annonce un temps chaud et ensoleillé sur Gap. Espérons que le Team RadioShack saura trouver les bonnes trajectoires et la bonne vitesse pour négocier ces mêmes virages dangereux.
Texte : George Hurst
(Traduction française : Régis Croenne)


